Vous le savez.

Je vous parle beaucoup des grands acteurs du Web mondial, et surtout les américains.

Les géants principaux du Web américain, sont surnommés les GAFA pour Google, Apple, Facebook et Amazon.

Je me suis posée la question de savoir s’ils sont aussi purs et altruistes qu’ils veulent nous le faire croire.

J’ai creusée en particulier la question pour Google.

Saviez-vous que Google avait mis dans leur mission d’entreprise : Don’t do evil ?

Cela veut dire littéralement : ne pas faire le mal, ne pas être méchant ou malfaisant.

Alors Google tient-il ses promesses ?

Une discussion avec Laurent est toujours intéressante sur ce genre de sujets. Après tout, il a beaucoup d’expérience, ayant même créé une startup Web de 100 personnes, il y a près de 15 ans déjà :

C’est vrai que j’ai tendance à être méfiant des grands groupes. Ils développent une telle surface financière et une telle force de frappe qu’il peut devenir difficile de ne pas s’en servir à leur profit. Google fait plein de choses bien, évidemment. Mais ils travaillent avant tout pour leur propre compte. Il faut être conscient !

Aha ! Une mission d’investigation policière. Rien de tel pour bien commencer la journée 🙂

Google et le « Don’t do evil »

Google : do evil ou don't do evil ? - Marketing Digital

D’où vient donc ce « Don’t do evil » ? Ne pas faire le mal ?

Selon Wikipedia, Google a mis cette phrase dans sa devise d’entreprise vers l’an 2000.

C’est un salarié qui a proposé ce slogan, car il serait ensuite difficile de le retirer de la devise de l’entreprise.

Les fondateurs de Google, Larry Page et Sergey Brin, avaient la vision suivante pour Google : « Nous croyons vraiment qu’à long-terme, nous gagnerons plus, en tant qu’actionnaires ou autre, si nous faisons le bien dans le monde plutôt que de viser le court-terme ».

Sur le papier, c’est une très belle initiative 🙂

Mais n’y a-t-il pas des problèmes avec cette phrase ?

Mais c’est quoi le « Don’t do evil » dont on parle exactement ?

Google : do evil ou don't do evil ? - Marketing Digital

Le problème principal en philosophie, en droit et dans la vie en général, est de savoir de quoi on parle.

Or une phrase de 3 mots peut être interprétée de plusieurs manières très différentes.

Moi par exemple, je pense que c’est « evil » de voler, de tuer, etc.

Mais d’autres personnes pensent qu’il est acceptable de tuer un ennemi sur un champ de bataille.

Alors, c’est quoi evil ? Premier problème !

C’est une affirmation un peu vague. Elle peut être interprétée au bon vouloir des gens. Finalement, cela n’engage pas vraiment à grand chose !

Tellement de monde, tellement de services

Google : do evil ou don't do evil ? - Marketing Digital

Google compte aujourd’hui plus de 70 000 salariés partout dans le monde.

Comment être sûr que cette philosophie est bien appliquée à tous les étages de cette organisation privée devenue tentaculaire ? C’est mission impossible.

Surtout dans un contexte d’entreprise où beaucoup de salariés sont intelligents, motivés, bien payés souvent avec des bonus importants. Il peut être facile de se dire « Allez, on peut brûler les étapes un peu, cela ne se verra pas ! ».

Il y aussi des centaines de services et produits proposés par Google aujourd’hui, que ce soit dans le Web ou les nouvelles technologies.

S’il fallait que chaque service soit à 100% propre et pur, ce serait à nouveau mission impossible.

Alors, bien sûr, don’t do evil, c’est une aspiration, un but à atteindre. Mais cela peut aussi être un peu trompeur de le mettre dans sa devise d’entreprise si on sait que ce n’est pas vraiment atteignable.

Je pense que la mission de Google aurait dû être un truc du genre « Essayer en toutes circonstances de ne pas faire de mal », plutôt que « Ne pas faire de mal ».

Les méfaits de Google

Maintenant, entrons dans le concret.

Je viens d’analyser la devise de Google, mais quels sont les faits ?

Une recherche Google sur « méfaits de Google » renvoie 384 000 résultats !

Il y a déjà de quoi commencer mon travail d’investigation 🙂

La vie privée des internautes et clients mise en danger

Dès 2013, le Huffingtonpost alertait déjà sur le fait que Google utilise nos photos et avis postés en ligne, pour faire de la pub !

Atlantico liste aussi les 4 péchés mignons de Google sur le sujet de la vie privée :

  • Gmail : saviez-vous que Google scanne (et donc comprend) l’ensemble de vos emails ? C’est pour mieux vous inonder de publicités bien sûr. Mais seulement pour cela ? Qui sait …
  • Street View : Selon Atlantico, les voitures de Google, qui prennent des photos pour leur service Street View, récoltaient aussi un max d’informations sur les réseaux Wifi qu’il trouvait sur son chemin : adresses MAC, emails, mots de passe, etc.
  • Google Chrome : via son navigateur Web, couplé avec AdSense, Google Analytics, le Search Console et plein d’autres outils de récolte d’informations, Chrome sait tout de vous. Il connaît vos recherches bien sûr, mais aussi vos centres d’intérêts, les gens et entreprises que vous aimez, etc. Et pourtant, on vous propose ce navigateur gratuitement et sans vous demander votre avis !
  • Android : c’est le système d’exploitation star des smartphones et tablettes. Selon Atlantico, 82% des appareils mobiles dans le monde sont équipés d’Android. Et dans votre smartphone Android, c’est pareil : vous y mettez vos emails, vos recherches, vos applications, vos photos, bref toute votre vie privée. Mais aussi vos codes secrets Wifi de chez vous, votre numéro de carte bancaire, vos mots de passe Paypal et ainsi de suite. Tout cela, Google l’a !

Rassurez-vous, si j’ose dire, chez Apple, Facebook, Amazon et Microsoft, c’est blanc bonnet, bonnet blanc !

Bref Google sait tout de vous, partout, tout le temps, à tous les sujets. Et ils n’hésitent pas à s’en servir de ces informations. C’est cela qui les rend si riches.

La destruction de valeur dans les industries traditionnelles

Google : do evil ou don't do evil ? - Marketing Digital

Amazon le fait aussi. Il suffit d’utiliser sa force de frappe pour papillonner d’un marché à un autre, en détruisant les concurrents et en proposant (en imposant plutôt) sa propre offre.

Pour Google, la traduction professionnelle est à terme menacée par Google Translate,

Intéressons-nous aux éditeurs (magazines, journaux, presse).

Entre 2012 et 2013, une bataille en ordre rangé s’est passé entre les éditeurs et Google.

Grosso modo, les éditeurs français étaient exaspérés que Google et Google Actualités utilisent leur contenu, sans rien payer. Au contraire, en gagnant de l’argent publicitaire.

Faites une recherche dans Google.

Tapez par exemple « actualités Nantes ».

Les premiers résultats qui s’affichent viennent du service « Google Actus » :

Google : do evil ou don't do evil ? - Marketing Digital

Ce qui se passe ici est simple.

Google vous donne accès à des résultats provenant du journal Ouest France.

Ouest France va recevoir ce trafic provenant de Google. Mais au préalable, Google se « sert » au passage en vous diffusant de la publicité, et donc gagner de l’argent.

Ce que les éditeurs de presse français réclamaient est un juste partage de la valeur (de l’argent) qu’ils créent. Sans les journaux et magazines, Google Actus n’existe pas.

En contrepartie, le point de vue de Google est qu’il apporte plein de trafic qualifié à ces journaux qui tardent à faire leur transition digitale.

Je vous laisse porter votre propre jugement sur la situation …

Mais sachez que notre ancien président, François Hollande, a obtenu de Google des contreparties, sous forme financière : 60 millions d’Euros payés par Google aux éditeurs français pour les aider dans leur mutation numérique.

Et si Google accepte de payer, c’est bien qu’il n’était tout à fait sûr d’être « propre », non ? 🙂

Une politique fiscale très spéciale

L’optimisation fiscale pour marque de fabrique

Google : do evil ou don't do evil ? - Marketing Digital

Google n’est pas la seule entreprise à optimiser fiscalement sa présence en Europe, en hébergeant son siège en Irlande par exemple.

D’autres le font.

Mais ce n’est pas une raison pour le faire.

En juin 2017, selon cet article de La Dépêche sur Google, la société américaine a obtenu raison, contre le fisc français.

Notre gouvernement voulait les faire payer des impôts pour les bénéfices de leur activité publicitaire, auprès de clients en France.

Or Google passe quasiment tout son chiffre d’affaires publicitaire en France, auprès de clients français (des milliards d’Euros par an) dans son siège social Irlandais, Google Ireland Limited.

En 2015, Google France a payé 6,7 millions d’Euros d’impôts. C’est très faible au regard de sa position d’acteur incontournable du Web en France.

Cela vous concerne directement !

Si votre entreprise paie 1 000 Euros par mois à Google AdWords pour de la publicité en ligne, sachez que si je comprends bien, Google paie 0 impôts en France sur cette activité !

Ce manque à gagner ne vient donc pas renflouer les caisses de l’état, qui ne peut pas payer ses fonctionnaires, construire de routes ou d’écoles, financer les universités ou réduire nos impôts…

Cela vous parait normal ? Mais pourtant cela semble légal.

Bon en tout cas, l’histoire n’est pas finie.

En effet, 20 Minutes nous apprend que l’état français va faire appel !

Et les impôts en Irlande ?

Google : do evil ou don't do evil ? - Marketing Digital

Une dernière chose que j’ai trouvée en ligne, qui risque de vous choquer.

A priori, Google paie donc ses impôts en Irlande. On est d’accord ?

Et bien non en fait.

Le Guardian affirme que sur 22 milliards de recettes encaissées dans sa filiale Irlandaise, Google n’a payé que … 47,8 millions d’impôts. Soit 0,22% de taux d’impôts.

J’ai dû refaire le calcul 3 fois pour être sûre que je ne m’étais pas trompée…

C’est une somme ridiculement faible. Rappelons qu’en France, le taux d’impôt sur les sociétés est de l’ordre de 33%.

De l’argent sur des comptes offshores

Cela vous fait penser à la mafia et aux barons de la drogue internationale ?

Google a pourtant amassé 43 milliards de dollars sur des comptes offshore.

Une somme astronomique qu’elle ne rapatrie pas aux Etats-Unis sinon elle devra payer des impôts américains.

La firme qui ne veut pas faire de mal, refuse donc clairement de payer des impôts, que ce soit en Europe, ou dans son propre pays, pour financer la vie en commun de son propre pays.

Cela ne semble pas être très aligné avec l’envie de privilégier les intérêts à long-terme sur ceux à court-terme !

Une politique de gestion des concurrents « ambitieuse »

Google : do evil ou don't do evil ? - Marketing Digital

L’Union Européenne inflige à Google une amende de 2,4 milliards d’Euros.

Vous trouvez cette actualité un peu partout sur le Web depuis le mois de juin 2017.

Si l’UE a donné une telle amende à Google, soyez sûr que Google a gagné encore plus d’argent grâce à ses méfaits.

La raison de la colère (justifiée certainement) de l’UE ?

L’abus de position dominante pour le service Google Shopping de Google. Il s’agit donc d’une seule partie de leur système de publicité en ligne (les autres sont Google Search, Google Display Network, Google AdSense, DoubleClick, Youtube Ads etc etc.).

La commissaire européenne en charge de la concurrence avait ceci à dire :

« Ce que Google a fait est illégal au regard des règles de concurrence de l’UE. Elle a empêché les autres sociétés de livrer concurrence sur la base de leurs mérites, et d’innover ».

C’est un peu « do evil », non ? 🙂

Grosso modo, Google est tellement présent, avec un part de marché de plus de 90% dans 13 pays européens, que les concurrents n’ont aucune possibilité de tenter leur chance.

Et ça, c’est illégal en Europe !

Evidemment, Google avec ses milliards de bénéfices, peut se payer des bataillons d’avocats spécialisés et parmi les meilleurs.

Pour se défendre et peut-être, qui sait, obtenir raison. Mais le fond semble être vaseux !

Google aide l’armée américaine !

Google : do evil ou don't do evil ? - Marketing Digital

Google est une entreprise en pointe sur les technologies liées à l’intelligence artificielle.

Les petits génies qui travaillent pour Google mettent au point des logiciels de reconnaissance de forme, d’analyse automatisées de photos et de vidéos…

Et ce dernier point a attiré l’attention de l’armée américaine qui a proposé à Google de collaborer sur l’IA (source Sciences et Avenir).

Plus spécifiquement, Google collabore au projet “Algorithmic Warfare Cross-Functional Team (AWCFT)” du département de la défense des Etats-Unis. Il s’agit ni plus ni moins d’analyser les très grandes quantités de vidéos enregistrées par les drones de l’armée US !

Les logiciels de Google identifient des véhicules et d’autres objets que les militaires souhaitent repérer, afin de leur faire gagner du temps sur le théâtre militaire.

Certes, l’effort de Google n’est pas directement lié aux combats et l’entreprise se contente d’analyser des données. Et l’objectif est d’aider à combattre des forces ennemies, telles que l’État Islamique.

Mais, aux yeux de nombreux salariés de Google, qui sont anti-militaristes, c’est un coup dur porté à leurs valeurs…

Comment concilier “Don’t do evil” et participer à l’effort de guerre ?

Je vous laisse, chers lecteurs, le soin de trancher cette question purement morale 🙂

En conclusion sur le “don’t do evil” de Google ?

Mon propos dans cet article n’est pas de critiquer Google juste pour les critiquer.

J’ai évidemment parlé assez négativement des façons dont Google :

  • Exploîte nos données,
  • Joue à optimiser ses impôts,
  • A « casser » des marchés,
  • Et à supprimer sa concurrence.

Mais je veux ouvrir une réflexion auprès de chez ceux qui n’ont pas encore réfléchi à ce problème.

Précision : depuis 2015, Google a changé sa mission en “Do the right thing”. Il a aussi mis à jour son code de conduite avec “Les employés d’Alphabet et de ses filiales doivent faire le bien – obéir à la loi, agir avec honnêteté, et se traiter mutuellement avec respect”. (source Arobase via son fondateur Noel Nguessan)

Maintenant, bien sûr, Google fait aussi plein de bonnes et belles choses. Comme par exemple fournir de nombreux outils et services gratuitement pour booster son Marketing Digital que j’utilise quotidiennement …

Qu’en pensez-vous ? Est-ce que cela change votre regard sur Google, mais aussi Facebook, Microsoft, Amazon etc ?


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